PMO – Formation complète
Aujourd’hui, nous allons répondre à une question simple en apparence, mais qui cache beaucoup de complexité : **qu’est-ce qu’un PMO ?** et à quoi ça sert vraiment.
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue sur *La Gestion de Projet Facile*.
Le terme PMO est un mot-valise.
D’alleurs, savez-vous exactement ce que signifie PMO ?
Savez-vous comment on di ten français ?
Non ? Hé bien, en français, on dit PMO…. Tournons-nous vers nos amis Québacois, qui dissent…..
Bureau des projets. Voilà, cela devrait vous aider.
Donc, le terme PMO désigne tour à tour un service, une fonction, un métier, parfois même une personne. Dans de nombreuses entreprises, le contour est flou et l’acronyme est décrié. Notre objectif aujourd’hui est de revenir aux fondamentaux :
Dans cette vidéo, je vais vous présenter :
– l’origine et les raisons d’être du PMO,
– les différents périmètres dans lesquels il peut intervenir,
– les activités concrètes d’un PMO,
– les rôles typiques qu’il peut jouer,
– la différence entre PMO et pilotage de portefeuille,
– la différence entre un **Project Management Officer** et un **Project Manager**,
– comment choisir et positionner un PMO dans votre organisation
– comment mettre en place un PMO dans votre organisation : la méthode, le positionnement, les compétences des membres du PMO, les défis à relever
– Et enfin les tendances qui se dégagent
Accrochez-vous, car à la fin, vous aurez une vision claire, pratique, et directement actionnable.
Pour faire cette vidéo, je me suis appuyé notamment sur mon livre « PMO – qui es-tu ? », que j’ai écrit après avoir été chef de projet puis avoir monté et dirigé un PMO il y a quelques années. Cela m’avait conduit à être interviewé pour une étude intitulée « Les cellules PMO en France ». C’était en 2011.
Pourquoi un PMO ?
Commençons par les origines.
Un projet, c’est avant tout une équipe qui doit atteindre un objectif. Quand plusieurs contributeurs travaillent ensemble, il faut de la **coordination**. Sans coordination, impossible d’avancer dans la même direction. Et qui dit coordination dit communication… puis méthodes, puis organisation : c’est la naissance de la gestion de projet.
Le rôle de chef de projet est alors apparu, pour structurer, planifier et piloter.
Mais rapidement, les chefs de projet ont eu besoin de renfort. Car un projet, c’est aussi des finances, des risques, du planning, de la qualité, de la configuration. D’où la naissance d’une cellule projet, et à l’intérieur, un rôle clé : le **PMO**.
Le PMO devient alors le **copilote méthodologique** du chef de projet. Il aide à construire le planning, à analyser les coûts, à maîtriser les risques, à préparer les reportings. Il libère du temps au chef de projet et lui permet de garder la tête hors de l’eau.
Ainsi, tandis que sur un projet modeste le chef de projet pourra assumer ses responsabilités de pilotage seul, dès que le projet grossit, se complexifie, le chef de projet s’entoure de nouveaux collaborateurs qui vont l’accompagner dans son pilotage. Pourrons alors le rejoindre :
- Responsable achats ;
- Responsable santé-sécurité-environnement ;
- Responsable logistique ;
- Responsable juridique ;
- Responsable contract management ;
- Responsable financier ;
- Responsable planning ;
- Responsable des risques[1];
- Responsable de configuration ;
- etcaetera
Le rôle de PMO sur un projet prend alors forme : expert des méthodes et de leurs applications, il accompagne le chef de projet dans ses activités de structuration et pilotage du projet.
Le chef de projet va pouvoir tirer plusieurs bénéfices d’une cellule PMO, dont :
- Des orientations, indications et indicateurs ;
- Des processus et des formats de documents ;
- Une assistance sur la mise en place des méthodologies (définition de l‘organigramme des tâches et du planning, estimation des durées et coûts, …) ;
- Un suivi et une analyse des délais, des coûts, et une unité de consolidation ;
- Un déploiement au sein du projet des processus, procédures, et formats standard ;
- …
Vous l’aurez compris, le chef de projet, grâce à l’intervention d’une cellule PMO, pourra se libérer du temps ou, comme c’est plus souvent le cas, « sortir la tête de l ‘eau » !
Au niveau de l’entreprise, l’explosion des projets a fait émerger une autre question : comment piloter tous ces projets et s’assurer qu’ils sont alignés avec la stratégie ? Une cellule capable de structurer le portefeuille, de définir un reporting et une gouvernance uniforme, d’outiller les projets et de standardiser les méthodes est devenue nécessaire. Cette cellule, elle aussi appelée PMO, sert de copilote au comité de direction de l’entreprise pour piloter les projets stratégiques et de transformation.
Il y a donc deux positionnements extrêmes du PMO : au niveau d’un projet, et au niveau d’une entreprise. Nous reviendrons sur plus de détails dans la suite de la vidéo.
Pour l’instant, retenez déjà cela : le PMO apporte de la méthode, de la visibilité et de la sérénité, à la fois pour les chefs de projet et pour le top management.
PMO et PMI
Si on se réfère au project management institute, le fameux PMI, il a introduit la notion de PMO dans son PMBoK Guide à partir de la troisième édition, en 2004. Notez que l’édition précédente, de 2000, cite une fois la notion de project management office sans la définir. Vous voyez que ce nest en réalité pas si ancien que cela.
Dans l’édition 7 de 2021, à laquelle j’ai participé, la définition est la suivante :
« Structure de management qui normalise les processus de gouvernance liés à des projets et facilite le partage des ressources, des méthodes, des outils et des techniques. »
Avec en introduction de l’annexe dédiée aux PMO :
« Le bureau des projets (ou PMO) peut désigner le bureau chargé du management de portefeuille, de programme ou de projet. »
Et précise bien ensuite que le caractère et la fonction d’un PMO varient selon les organisations, voire au sein de l’organisation.
Les périmètres du PMO
Un PMO peut donc intervenir à différents niveaux.
Premier niveau : le **PMO de projet**. Il aide directement le chef de projet à piloter, en prenant en charge certaines activités de planification, de suivi financier, de gestion des risques, de reporting. Ainsi, il participe à l’élaboration du Work Breakdown Structure (ou WBS), à l’estimation des coûts, à la planification détaillée, à la mise à jour du planning, à la consolidation des risques et des opportunités, et à l’élaboration des rapports d’avancement. Il met à disposition des templates (cahier des charges, plan de management, registre des risques) et conseille sur la méthode à adopter. Lors de grands programmes industriels ou d’infrastructure, le PMO de projet peut aussi assurer le suivi documentaire, la configuration et l’intégration des sous‑systèmes.
Deuxième niveau : le **PMO de programme**. Ici, le rôle est de garantir la cohérence entre plusieurs projets, d’harmoniser les méthodes, de coacher les chefs de projet, et d’assurer un reporting consolidé. Ainsi, le PMO de programme veille à la cohérence des livrables, harmonise les méthodes entre les projets, soutient les chefs de projet et les PMO de projet, et consolide les reporting. Il organise les programme boards et suit la réalisation des bénéfices. Il doit également s’assurer que les dépendances et interfaces entre projets sont bien gérées et que les ressources partagées sont allouées de manière optimale.
Pour la différence entre un projet et un programme, je vous renvoie vers une autre vidéo dont je vous mets le lien en description.
Troisième niveau : le **PMO de portefeuille**. Attention, ici on parle d’un processus continu. Le portefeuille est l’ensemble des projets en cours ou à venir. Le PMO de portefeuille agit comme propriétaire du processus : il organise la sélection, la priorisation et le suivi des projets. Son mantra : *Do the right projects, and do the projects right* ; faire les bons projets, et les faire bien Il accompagne donc les projets et programmes sur tout le cycle de gestion de projet, y compris les GO/NOGO et les décisions de création et de terminaison de projets, et développe une démarche d’amélioration continue. Il collecte et trie les idées, sélectionne les idées à développer, développe les projets, sélectionne les projets à exécuter, et clôt les projets et assure leur transfert.
Enfin, quatrième niveau, le PMO d’entreprise. C’est le niveau le plus large. Il couvre tous les projets de l’organisation. Il peut agir sur les personnes (recrutement, mentoring, formation), sur les processus (méthodes, standards, gouvernance) et sur les outils (templates, logiciels, capitalisation). Et surtout, il veille à l’alignement stratégique entre les projets et la vision de l’entreprise. C’est comme un PMO de portefeuille, mais sur tout le portefeuille des projets de l’entreprise.
Activités d’un PMO
Voyons maintenant plus concrètement ce que fait un PMO.
Ses activités peuvent être regroupées en grandes familles :
– Développer les compétences et gérer les personnes : il s’agit de tout le volet humain du PMO : formation, gestion de carrière, affectation sur les projets,… ;
– Suivre et maîtriser la performance : cette catégorie regroupe les activités en lien avec la performance des projets / portefeuilles / programmes, avec notamment les thématiques liées à la gouvernance, aux indicateurs et aux audits de projets ;
– Capitaliser et standardiser : capitaliser sur l’expérience, c’est-à-dire formaliser cette capitalisation, l’accompagner, et en déduire des modes de fonctionnement généralisables, les méthodes et processus ;
– Outils : le volet « outils » des pilotes de projets, que ce soit au travers d’un système informatisé de pilotage du projet ou de divers documents, formats et templates ;
– Risques et opportunités : évidemment, un point complet sur les risques sans oublier les opportunités des projets. C’est par les opportunités que les projets se réussissent ;
– Pilotage du processus : cette catégorie correspond au pilotage du portefeuille de projet ;
– Et enfin, des activités plus transverses : promotion de la gestion de projet, structuration de nouvelles pratiques, gestion des crises, lobbying pour obtenir les arbitrages nécessaires.
Vous retrouverez dans la boîte à outils de La Gestion de Projet Facile, dont le lien est en description, un fichier Excel avec la liste des activités d’un projet.
Ce que vous devez comprendre, c’est que tous les PMO n’ont pas toutes ces activités. Cela va dépendre de son rôle exact dans l’entreprise, qui va dépendre des besoins de l’entreprise et de sa maturité.
Si on reprend les phases d’un projet, que sont Initialiser, Organiser, Exécuter et Terminer le projet, le rôle du PMO dans chacune de ces phases sera :
Phase d’Initialisation du projet :
Les Objectifs du PMO sont alors de poser les bases — identité, objectifs, gouvernance, documents fondateurs. Pour cela, il va outiller le chef de projet pour formaliser la Charte (objectif, critères de succès, jalons macro, risques majeurs).
Puis, il va clarifier la gouvernance (rôle du sponsor, COPIL, circuits de décision et d’arbitrage).
Il va ensuite aider le chef de projet à préparer le Kick‑off (présentation d’identité projet, WBS macro, jalons, montage contractuel, risques clés, actions court terme).
Dans cette phase, les livrables sont la Charte Projet, la présentation du Kick‑off, ainsi que le Plan de Management dans sa toute première version.
En phase d’Organisation, le PMO a pour objectifs de rendre l’équipe opérationnelle et alignée.
Il va dont déployer les modèles : Plan de management, Plan de communication (routines, matrices d’escalade, règles d’échange), Registre des risques, Registre des changements.
Il va aussi structurer l’organisation (RACI / organigramme projet), WBS, pour construire, ou plutôt faire construire, le planning.
Il va également définir les indicateurs et le tableau de bord ainsi que le processus de maîtrise des risques et opportunités.
Les livrables de cette phase sont le Plan de management de projet à jour (réunions, documents divers, budget, suivi, notamment des risques et oppurtintés), Plan de communication, et reporting.
Vient ensuite la 3eme phase, cette de l’Exécution du travail
Là, le PMO va accompagner le chef de projet dans son pilotage et la mise sous contrôle du projet.
Le PMO va donc rythmer le reporting (statut, faits marquants, écarts, tendances, prévisions), tenir à jour le planning, le reste‑à‑faire, les risques/opportunités, et les modifications.
Il va aussi préparer et animer la gouvernance : dossiers décisionnels pour COPIL, arbitrages sponsor.
Enfin, il sera en support pour les outils et en coaching des contributeurs.
Ses livrables sont les tableaux de bords, reportings et outils à jour.
En dernier, en phase de terminaison du projet, le PMO doit clore le proejt proprement et capitaliser.
Il va donc formaliser l’acceptation et la transition vers les opérations, clôturer contrats, documents, indicateurs, et restituer les leçons apprises et le rapport de transfert pour les futurs projets.
Les livrables sont donc le dossier de clôture, le rapport de transfert, et la synthèse des leçons apprises.
Vous noterez bien sûr que le PMO assiste le chef de projet dans toutes ces activités, et que le Chef de projet qui n’a pas de PMO doit de toute façon réaliser toutes ces activités.
Les rôles d’un PMO
Un PMO peut endosser plusieurs rôles selon le contexte.
Premier rôle : le **PMO Support**. Il conseille, outille, met à disposition des experts. C’est une fonction de services qui fournit de l’assistance et de la valeur ajoutée aux équipes projets.
Deuxième rôle : le **PMO Contrôle**, ou audit. Ici, il vérifie que les projets respectent les standards, il collecte les indicateurs. Ce rôle peut être perçu négativement si le PMO devient une « police du reporting », d’où l’importance d’expliquer que ce rôle existe pour garantir la qualité et la comparabilité des données. Un PMO de contrôle doit aussi contribuer à la valeur en identifiant des tendances et en proposant des améliorations
Troisième rôle : le **PMO de Direction**. Il porte directement les projets, supervise les chefs de projet et pilote le portefeuille. Souvent, il est rattaché au comité de direction. Ainsi, dans certaines organisations dont le cœur de métier est la livraison de projets (consulting, ingénierie, infrastructures), le PMO peut piloter directement les projets, avec un reporting hiérarchique des chefs de projet. On parle alors de PMO de direction ou de PMO intégré. Il supervise l’allocation des ressources, valide les plannings, suit la performance et peut arbitrer en cas de conflit. Ce rôle requiert une forte légitimité auprès de la direction et une excellente maîtrise des pratiques de gestion de projet.
Toutes les entreprises n’ont pas besoin d’avoir un PMO de Direction et il faut bien différencier ces rôles des niveaux de maturité, confusion classique.. Celles qui en ont sont en général celles dont le métier est de livrer des projets à leurs clients. Les autres peuvent se limiter à un PMO de contrôle voire de support.
PMO vs pilotage du portefeuille
Attention, il ne faut pas confondre PMO et pilotage du portefeuille.
Le **pilotage du portefeuille**, c’est un processus permanent : on collecte les idées, on sélectionne les projets à lancer, on en exécute certains, on en arrête d’autres, on transfère les résultats vers l’exploitation. Et surtout, on ajuste l’équilibrage entre la charge et la capacité.
Le **PMO**, lui, est une entité. Le PMO est le « qui ». Le portefeuille est le « quoi ».
On pourrait dire : le PMO est l’acteur qui anime, le portefeuille est le processus qu’il pilote.
Ce PMO peut donc être un rôle tenu par une ou plusieurs personnes qui ont d’autres activités dans l’entreprise.
Revenons au pilotage du portefeuille, point important. Il se décline généralement en plusieurs étapes clés :
- Clarifier les objectifs stratégiques et définir des critères d’évaluation (valeur, risque, alignement stratégique, contribution à la RSE).
- Collecter et analyser les demandes ou idées de projets.
- Évaluer et prioriser selon des méthodes de scoring multicritères, de ROI ou de rentabilité.
- Sélectionner et initier les projets en validant leur faisabilité et leur capacité à tenir les contraintes de ressources.
- Gérer et suivre le portefeuille en contrôlant l’avancement des projets, l’utilisation des ressources et l’atteinte des bénéfices.
- Réaliser les bénéfices en clôturant les projets, en transférant les produits livrés aux unités opérationnelles et en mesurant l’impact réel.
Le PMO peut être chargé d’animer ce processus, mais le pilotage du portefeuille peut également être assuré directement par la direction générale, une direction des investissements ou une direction de la stratégie. Les organisations matures disposent souvent d’un Investment Committee ou d’un Portfolio Review Board qui se réunit périodiquement pour arbitrer les projets en cours, valider les nouveaux projets et réallouer les ressources en cas de changement de priorité. Le PMO prépare ces décisions, analyse les options et fournit une vue d’ensemble claire.
Retenez cette distinction : PMO = qui (la structure ou l’entité qui anime, standardise et outille), Portefeuille = quoi (le processus de sélection, de priorisation et d’arbitrage des initiatives). L’un ne remplace pas l’autre, et leur association est indispensable pour transformer la stratégie en réalité.
Project Management Officer vs Project Manager
Autre confusion fréquente : le **Project Management Officer** et le **Project Manager**.
On peut utiliser l’analogie du rallye : le Project Manager – ou chef de projet – est le pilote, tandis que le Project Management Officer – qui travaille dans un PMO – est le copilote. Le premier conduit, le second apporte son soutien, ç la fois en phase de reconnaissance de la route et en phase de conduite.
Le **Project Manager** est donc le responsable d’un projet donné. Il a la responsabilité du périmètre, des coûts, des délais, de la qualité, des risques, des parties prenantes. Il est le pilote.
Le **Project Management Officer**, lui, est dans le PMO. Il s’occupe des méthodes, du reporting, de la qualité des données, des outils, et du support aux chefs de projet. Il est le copilote.
Un projet peut se dérouler sans PMO, mais les activités doivent quand même être réalisées ; avec un PMO, c’est plus efficace. Attention toutefois à la perception : le rôle de PMO a été abîmé par le cliché du « scribe » qui rédige des comptes-rendus, ou du « contrôleur » qui vient demander des comptes. Pour qu’un PMO soit accepté, il faut clarifier son rôle et le communiquer au sein de l’entreprise
Sur un projet, le seul qui décide est le chef de projet. Le PMO ne décide pas. C’est là une grosse différence.
Fiche de poste
D’ailleurs, voici une fiche de poste qui m’a été donnée par un PMO qui venait de prendre son poste sur un projet.
Regardons cela ensemble. D’après cette fiche de poste, le PMO doit :
Suivre et vérifier l’avancement d’un projet.
Effectuer le reporting
S’assurer de la réalisation du projet
Suivre les risques
Organiser la gouvernance
Programmer les réunions
Rédiger les compte-rendu
Assurer le suivi budgétaire
Je vais être honnête avec vous, si je vois cette fiche de poste pour un chef de projet, je ne suis pas choqué. A la limite, pour un chef de projet, on pourrait ajouter un point sur la prise de décision et la responsabilité de succès du projet, mais les activités sont vraiment les mêmes.
L’ajustement entre le PMO et le chef de projet se fera alors en fonction des compétences de chacun.
Choisir son PMO
Alors, quel PMO est fait pour vous ?
Il faut se positionner sur deux axes : d’abord la typologie (projet, programme, portefeuille, entreprise), puis le rôle attendu (support, contrôle, direction).
Les recherches montrent cependant qu’il vaut mieux un seul PMO clair et fort dans une organisation, plutôt qu’une multitude de PMO dispersés et concurrents.
Mise en place d’un PMO : méthode en 7 étapes
Vous souhaitez mettre en place un PMO, ou bureau des projets, dans votre entreprise ? Voici une démarche **pragmatique** pour créer un PMO.
**Étape 1 – Diagnostic & cadrage
Là, nous allons regarder la maturité en gestion de projet, les douleurs (retards, priorisation floue, surcharge), les parties prenantes, la culture.
Cette étape permet d’avoir une liste des projets en cours avec les principales difficultés, et les parties prenantes principales.
**Étape 2 – Objectifs & périmètre**
Sur cette base-là, on va pouvoir définir les missions, périmètre et limites du PMO. Est-ce que le PMO est sur l’entreprise, sur un département, ou autre ? Est-ce que tous les projets sont concernés, ou certains uniquement ?
**Étape 3 – Modèle & catalogue de services**
C’est là qu’on va préciser sur le PMO est de Support, de Contrôle ou de Direction. Ce peut-être un mode de fonctionnement hybride.
Quoiqu’il en soit, on va préciser les services proposés par le PMO : coaching des chefs de projet, Academy pour gérer les formations, gestion de la demande, contrôle de portefeuille, mise en place d’outils, gestion d’une base de données, etcaetera
Je vous mets un lien vers un grille qui vous permet de faire votre choix.
**Étape 4 – Gouvernance**
L’objectif est alors de définir les instances, ou comités. De quels comités a-t-on besoin, à quelle fréquence, qui sont les participants, quelles décisions sont prises.
**Étape 5 – Processus, données & outils**
Là, on va pouvoir détailler le process des projets, quelles sont les phases, ainsi que les critères pour passer d’une phase à l’autre. Et quels outils sont utilisés pour cela.
**Étape 6 – Change, adoption & compétences**
Une fois qu’on a défini les éléments précédents, on peut diffuser l’idée du PMO dans le périmètre concerné, en formant les personnes cibles au nouveau process, aux outils, etcaetera. A savoir chefs de projet, sponsors, managers de ressources.
Si vous avez réalisé les étapes précédentes avec les personnes concernées et impliquées, ce qui est un facteur clé de succès, cette partie devrait être plus simple.
Ensuite, y’a plus qu’à !!!!
Organisation & positionnement
Revenons sur une question qui intéresse particulièrement les entreprises : Où placer le PMO pour qu’il soit entendu et utile ?
Les options les plus classiques sont :
– PMO rattaché à la Direction Générale, si on cherche un alignement stratégique fort, notamment quand l’entreprise livre des projets à ses clients.
– PMO rattaché à un département (par exemple IT), quand les projets restent internes.
– PMO rattaché à une business unit, en fonction des activités de cette BU. C’est par exemple le cas dans des groupes décentralisés ou multi‑métier, chaque entité peut disposer de son propre PMO. Cette approche favorise l’agilité et l’adaptation locale, mais nécessite une coordination globale pour éviter la fragmentation et pour partager les bonnes pratiques. Un PMO central léger peut alors jouer un rôle de coordination et de standardisation.
Quelle que soit la solution retenue, une bonne pratique est d’avoir un sponsor de l’initiative de création du PMO qui soit haut placé dans l’organisation et qui donne un mandat clair à l’équipe qui réalisera la mise en place du PMO – car oui, mettre en place un PMO est un projet qui doit donc être piloté comme tel.
Compétences clés du PMO
Quelles sont les compétences indispensables pour être un bon PMOfficer, c’est-à-dire est dans un bureau des projets ou être co-pilote de chef de projet.
Citons quelques Hard skills : maîtriser la gestion de projet, les finances de projet, la planification, le mangement des risques et opportunités etcaetera.. Notamment, il ne faut pas faire la confusion enatre « phase de projet » et « groupes de processus (je vous renvoie à ma vidéo correspondante dont le lien est en description) ni parler de waterfall ou scrum (qui n’existe pas pour l’un et n’est pas de la gestion de projet pour l’autre (là encore, vous trouverez une vidéo explicative en description)
Il faut aussi beaucoup de **Soft skills** : influence sans autorité, pédagogie, synthèse, storytelling, facilitation de comités, gestion de conflit. En effet, le PMO doit savoir communiquer avec des interlocuteurs variés (direction, chefs de projet, experts techniques), faciliter des ateliers, synthétiser des informations complexes, raconter une histoire (c’est le « storytelling ») et gérer les conflits. Le leadership et la motivation d’équipes sans lien hiérarchique direct sont des compétences essentielles.
Outils & pratiques (sans dogme)
Les outils ne sauvent pas un mauvais processus. Commencez donc léger et utile, avec notamment les livrables minimaux par phase, rituels réguliers (COPIL, revues de portefeuille, ajustement charge-capacité), quelques templates, quelques informations sur l’usage d’un outil de planning, MSProject par exemple.
La règle d’or est : cherchez l’adoption, pas la sophistication. Parfois, un tableau Excel ou une présentation standardisée PowerPoint suffisent.
Ensuite, il est possible de développer des outils dans les catégories suivantes :
– Planification et suivi de projet : ce sont les outils de planning, comme MSProject. Mais il y a aussi GANTTProject (dont je vous explique l’usage dans une vidéo en description), ProjectLibre, MindManager, et bien d’autres.
– ensuite, vous pourrez mettre en œuvre des outils de gestion de portefeuille. Au début, peut-être qu’un fichier Excel listant les projets suffira, ou alors un fichier MSProject, mais si vous avez beaucoup de projets, une solution développée sur-mesure peut être un bon choix.
– vous pourrez également vous poser la gestion de outils de collaboration et de partage. Le plus connu est probablement Sharepoint de Micrososft, mais il existe d’autres solutions.
– Quatrième jeu d’outils, les outils d’analyse et de reporting. Là, vous pourrez faire de la business intelligence, avec PowerBI par exemple, ou Tableau. Ces outils permettent une visualisation des données de votre base de données, qui doit donc être existante et à jour.
– Enfin, votre PMO pourra se poser la question des outils de gestion des connaissances. Cela prend souvent la forme d’un dossier Sharepoint par exemple, qui met à la disposition de tous de templates qui peuvent être mis à jour en fonction des retours d’expérience des projets. Sur le site La Gestion de Projet Facile, vous trouverez une boîte à outils, en accès libre, gratuitement.
Encore une fois, je le répète, commencez par l’essentiel : quelques livrables standardisés, un fichier Excel ou un outil simple pour mutualiser les informations, des rituels réguliers (revue de projet, revue de portefeuille). N’investissez dans des suites logicielles lourdes que lorsque vos processus sont stabilisés et que l’utilisation sera adoptée. Cherchez l’adoption, pas la sophistication. Documentez les processus avant de les outiller et assurez-vous que les données collectées servent réellement à prendre des décisions.
Défis & pièges à éviter
Voici le Top 7 des pièges à éviter lors de la mise en place d’un PMO :
N°1, que le PMO soit perçu comme une police du reporting. Vous savez, ceux qui vous appellent parce que vous n’avez pas complété le formulaire rose, lui-même annexe du formulaire bleu ! Souvenez-vous qu’un PMO qui harcèle les chefs de projet pour des chiffres sans valeur ne suscite que du rejet. Orientez-vous vers la valeur et l’accompagnement plutôt que vers le contrôle systématique. Assurez-vous que les indicateurs demandés sont réellement utilisés et partagés avec les équipes.
Piège n°2 : Trop d’indicateurs, qui donnent alors peu d’aide à la décision. Trop d’indicateurs tuent la décision. Sélectionnez les KPI qui éclairent vraiment les sponsors et les chefs de projet. Privilégiez quelques indicateurs de performance (dates clés, coûts, marge) et des indicateurs de valeur (ROI, satisfaction client) plutôt qu’une liste interminable.
Troisième piège : faible qualité des données, notamment si vous demandez de remplir des tonnes de reportings avec des informations inutiles ou non-exploitées. Privilégiez quelques indicateurs de performance (dates clés, coûts, marge) et des indicateurs de valeur (ROI, satisfaction client) plutôt qu’une liste interminable.
Piège n°4 : Manque de sponsor ou sans autorité ; à la fois le sponsor lors de la mise en place mais aussi lors de l’usage du PMO. Notamment, si le patron ne participe pas aux instances auxquels il est sensé participé.
Piège n°5 : Ignorer la capacité disponible, qui mène à une sur-allocation chronique. Les projets n’avancent alors pas. Intégrez donc l’équilibrage charge/capacité dans le pilotage du portefeuille et établissez des règles pour limiter le nombre de projets actifs.
6ème piège : un PMO surdimensionné par rapport à la maturité. Ce n’est pas un département des projets qui va sauver les projets.
7è piège : des outils trop nombreux, trop complexes, nouveaux, qui ne prennent pas en compte l’existante Regardez d’abord ce que vous avez, et comment vous pouvez en détourner l’usage pour servir vos besoins.
En anticipant ces obstacles et en communiquant de manière claire, votre PMO aura plus de chances de réussir.
Tendances & avenir du PMO
L’avenir du PMO va évoluer, et être bousculé par l’IA notamment. A la fois les IA généralistes, comme ChatGPT par exemple. Je vous renvoie vers ma vidéo sur les cas d’usage de ChatGPT dans les projets – le lien est en description. Et aussi par les IA spécialisées, comme c’est le cas pour un outil comme Fast & Studious qui permet de créer rapidement un planning complet d’un projet complexe.
Je vous mets en description le lien vers cet outil
Ainsi, la data, couplée à l’IA va devenir d’autant plus cruciale.
Le sujet de la RSE est également une tendance de l’avenir des PMO : comment intégrer la responsabilité sociétale d’entreprise dans les projets, quels critères choisir, comment les projets peuvent rendre l’entreprise plus responsable, plus vertueuse, à la fois dans le choix des projets et des livrables mais aussi dans l’exécution des projets.
Autant vous dire que je n’ai pas de réponse toute faite à ces questions, mais qu’elles vont occuper les entreprises dans les années à venir.
Conclusion
En conclusion : le PMO est un **accélérateur de valeur**. Il structure, il capitalise, il standardise, il aligne. Lorsqu’il est bien conçu et porté par la direction, le PMO structure les projets, capitalise les connaissances, standardise les pratiques et aligne les initiatives sur la stratégie. Il aide l’entreprise à « faire les bons projets et à les faire bien », tout en développant les compétences internes et en facilitant la transformation.
S’il est mal conçu, il devient une simple bureaucratie de reporting. S’il est bien conçu, il devient un véritable copilote de la transformation.
Retenez :
Project Manager = pilote
PMOfficer = copilote.
Et souvenez-vous : même si le terme PMO est mal vu, changez le nom si nécessaire, mais gardez les activités, car elles sont indispensables.
Merci d’avoir suivi cette vidéo. Si elle vous a été utile, abonnez-vous, laissez un commentaire sur vos expériences PMO, et je vous dis à très bientôt.
Annexe – Bibliographie
Pour aller plus loin :
– « PMBOK Guide 7e édition (PMI) »
– « The Standard for Portfolio Management (PMI) »
– « MoP – Management of Portfolios (AXELOS) »
– « P3O – Portfolio, Programme and Project Offices (AXELOS) »
– J. Kent Crawford, « The Strategic Project Office »
– Gerard M. Hill, « The Complete Project Management Office Handbook »
– William Dow, « The PMO Lifecycle »
– Mark Price Perry, « Business Driven PMO Setup »
– Peter Taylor, « Leading Successful PMOs »
[1] Le terme « risque » est employé ici pour désigner à la fois les menaces et les opportunités.